
Le photographe, passeur·euse des temps modernes.
Capter un moment rare ou pas, laisser une trace, documenter la transformation d’un lieu, d’une époque, d’une civilisation. Tout ceci, dans quel but ?
L’apparition de la photographie, décriée par les artistes peintres, fut une révolution dans bien des domaines. Cette pratique le reste, comme l’Art dans sa généralité ; les auteur·ices sont en mesure de l’amener à d’autres dimensions, avec ou sans technologie avancée. On observe aujourd’hui des photographes ambulant·es utilisant des systèmes anciens comme l’afghan box cameras, d’Iris Chaveau, renouant avec des pratiques historiques ; et tout autant, des propositions faisant appel à la pointe technologique : logiciels, boîtiers, compositions tournées vers le propos autant que vers l’image.
La filiation de deux siècles de photographie est prégnante.
Cette filiation dit aussi autre chose, de plus troublant peut-être : que nous ne créons rien de totalement nouveau. Nous prolongeons. Nous continuons ce qui nous a été transmis, parfois sans conscience. Tout ce qui s’imprime en nous — par les sens, les corps, les regards — est déjà transmission.
Depuis l’in vitro.
Depuis la cellule unique.
Un battement de cil, une lumière traversant une paupière, un son entendu sans y prêter attention.
Tout façonne.
Ce que nous voyons, ce que nous regardons, ce que nous croyons avoir oublié, nous habite. Tout autant que ce qui a traversé nos prédécesseur·ices, nos ancêtres, bien avant que nous ayons des mots pour le dire.
Le travail des artistes de la lumière s’inscrit pleinement dans cette continuité. Ils et elles voient, regardent, sentent, transmettent — et, ce faisant, déposent en nous des formes, des tensions, des images qui poursuivent leur chemin. Nous créons la suite de la suite des suites parvenues jusqu’à nous, prolongeant ainsi une évolution naturelle, une résilience originelle.
C’est par cette résilience — adaptation, transformation, évolution — que tout se fait, que les formes changent, que les récits se déplacent, que les regards persistent.
Rien ne surgit ex nihilo chez les artistes et celleux qui regardent.
Transmission, celle qui a commencé bien avant nous et qu’il faut poursuivre, celle qu’il faut transcender,ou celle, passée simplement.
Transmettre ce que nous avons été, à la postérité, pour ne pas mourir tout à fait. Toutes ces expériences, ce savoir, ces sentiments — sinon pourquoi ?
Les prolonger dans celles et ceux qui nous voient.
À l’heure des transformations des systèmes, qui rejouent des partitions déjà vécues, il est légitime de se demander :
Qu’avons-nous appris ?
Que voulons-nous que l’on retienne de nous ?
Et souhaitons que cela puisse éclairer un futur qui ne peut être qu’inconnu.
Curation, Valérie Lana Mayoute & Cédrick-Isham Calvados